
Le jeudi 20 août, le directoire exécutif national d’Ensemble pour la République suspend Hervé Diakese de ses fonctions de porte-parole et renvoie son dossier devant le comité des sages. Grâce Omari est définitivement exclu. Trois semaines plus tôt, Moïse Katumbi, président de ce parti d’opposition, avait personnellement obtenu une réconciliation entre Olivier Kamitatu et Salomon Kalonda, deux de ses lieutenants.
En moins d’un mois, Ensemble est ainsi passé de l’arbitrage du chef aux sanctions du directoire. En filigrane, cette crise offre un aperçu du fonctionnement du système politique congolais : les structures existent, mais la personne du dirigeant reste souvent indispensable pour les faire fonctionner et même pour faire vivre le parti.
Bonjour,
Je m’appelle Trésor Kibangula. Je coordonne les recherches sur la politique à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 34e épisode de Po Na Biso, le podcast d’Ebuteli qui décrypte, chaque semaine, une question d’actualité en République démocratique du Congo.
Nous sommes le vendredi 28 août 2026.
La crise d’Ensemble a été présentée comme une opposition entre les partisans du dialogue avec le pouvoir et ceux d’un rapport de force plus dur. Cette lecture donne peut-être trop de contenu politique à une rivalité entre dirigeants.
Dans beaucoup de partis congolais, les affrontements portent rarement sur des idéologies ou des programmes clairement distincts. Ils expriment davantage des ambitions, des intérêts et des batailles de positionnement. La ligne vient du sommet. Lorsque le chef change de stratégie, ses lieutenants s’adaptent.
Tenez : lorsque Félix Tshisekedi tenait un discours dur envers les responsables catholiques, plusieurs membres de sa majorité multipliaient les attaques contre le clergé. Puis le chef de l’État a « levé l’option » du dialogue après sa rencontre notamment avec le cardinal Fridolin Ambongo. L’Union sacrée de la nation a aussitôt rectifié le tir et le vocabulaire. Ainsi va la vie politique congolaise.
Les partis ont évidemment besoin de dirigeants. Le leadership de Moïse Katumbi est reconnu par ses cadres, comme celui de Jean-Pierre Bemba au MLC ou de Vital Kamerhe à l’UNC. Cette autorité devient problématique lorsque le parti ne peut plus définir sa ligne, régler ses conflits ou préparer son avenir sans l’intervention du chef.
Même les successions portent la marque de cette personnalisation. Après la mort d’Étienne Tshisekedi, son fils Félix est élu à la tête de l’UDPS en 2018. Son élection passe par un congrès, mais le nom et le capital politique hérités de son père facilitent cette transmission. Son arrivée au pouvoir l’année suivante a probablement aussi contribué à contenir les divisions du parti.
Ce fonctionnement déborde les partis et gagne les institutions. En mars dernier, Modeste Bahati, alors deuxième vice-président du Sénat, affirme que le pays souffre davantage de la mauvaise application des textes que de sa Constitution. Ses propos sont interprétés comme une prise de distance avec la réforme constitutionnelle défendue par Félix Tshisekedi.
Une pétition est lancée contre lui. Une partie des cadres de son regroupement le désavoue et réaffirme son soutien au chef de l’État. Bahati clarifie sa position, présente ses excuses et proclame sa loyauté. Il finit pourtant par démissionner. Le débat constitutionnel s’est transformé en épreuve de fidélité.
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