
Le 10 décembre 2022, le président Félix Tshisekedi a prononcé, pour la quatrième fois, le discours sur l’état de la nation. C’est devant une salle de congrès pleine à craquer que le chef de l’État s’est soumis à ce rendez-vous annuel, obligation constitutionnelle. Son avant-dernier discours sur l’état de la nation avant la fin de son mandat à la tête du pays et les élections prévues le 20 décembre 2023. Alors dans quel état se trouve la nation ?
Bonjour! Je m’appelle Trésor Kibangula. Je suis analyste et directeur du pilier politique à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 42e épisode de la saison 2 de Po Na GEC, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), centre de recherche indépendant basé à l’Université de New-York. Chaque semaine, ce podcast donne notre point de vue sur une question d’actualité en RDC.
Nous sommes vendredi 16 décembre 2022.
Dans son discours, Félix Tshisekedi a énuméré des progrès dans différents secteurs de la vie de l’État. L’économie du pays « se porte de mieux en mieux » avec une croissance de plus de 6% ; le processus d’électrification est en cours dans les zones autour de Kinshasa et dans d’autres parties du pays ; le recrutement, la réhabilitation et la mise à la retraite sont envisagés dans l’administration publique ; plus de 5 000 nouveaux magistrats recrutés ou réhabilités vont faciliter l’accès à la justice, etc.
Malgré ces progrès, le pays est en deuil. Double deuil, multiples deuils même. En effet, au lendemain du discours sur l’état de la nation, et alors que le président et plusieurs membres du gouvernement séjournent aux États-Unis d’Amérique, une pluie diluvienne a fait ravage à Kinshasa. Au moins 120 personnes ont perdu la vie, selon le gouvernement. Elles ne sont pas les premières victimes des inondations dans cette mégapole où vit plus d’un congolais sur dix. La capitale congolaise est connue pour ses égouts bouchés et pour ses nombreux problèmes d’urbanisme. Chaque saison de pluie apporte l’anxiété, le stress et souvent la mort. Officiellement, le coupable est le changement climatique. Mais la gouvernance y est pour beaucoup. Y aura-t-il des sanctions ? Pour l’instant, un deuil de trois jours a été décrété et le chef de l’État a promis d’écourter son séjour américain.
Plus d’une semaine plutôt, le gouvernement avait déjà décrété un autre deuil national. Cette fois-là, le coupable était bien identifié : selon l’ONU, plus de 131 personnes ont été tuées par les rebelles du M23 soutenu par le Rwanda. Depuis les affrontements de mars 2022, le M23 a déjà causé le déplacement de plus de 450 000 personnes, aggravant une situation sécuritaire et humanitaire déjà catastrophique. Et le gouvernement n’a jusque-là pas été en mesure d’endiguer cette nouvelle rébellion, et encore moins de neutraliser d’autres groupes armés dans la région.
L’état de siège qui, selon Félix Tshisekedi, demeure le « cadre approprié pour mieux affronter les ennemis de la paix », n’a pour l’instant pas montré son efficacité. Cette mesure exceptionnelle vient pourtant d’être prorogée pour la 38e fois par le Parlement. L’intervention ougandaise contre les ADF, autorisée depuis plus d’un an, n’a pas non plus réussi à mettre fin aux tueries. Le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a documenté 984 personnes tuées par les ADF depuis le lancement des opérations ougandaises au Nord-Kivu et en Ituri. Et la force de la Communauté des États d’Afrique de l’Est en déploiement dans la région doit encore montrer ses résultats.
Les victimes de conflits ne sont pas limitées dans les provinces de l’est de la RDC. Le président le reconnaît dans son discours : conflit communautaire à Kwamouth, conflits fonciers au Kongo-Central, conflit coutumier au Kasaï, notamment. Amorçant la dernière année de son mandat, Tshisekedi pourra-t-il enfin stabiliser le pays ?
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