
Le mardi 25 janvier, l’ONG Transparency international a publié son rapport sur l’indice de perception de la corruption en 2021. C’est la première fois, depuis l’avènement du président Félix Tshisekedi, que la RDC gagne une place. Elle quitte de ce fait la 170e place pour la 169e, devenant ainsi le 11e pays le plus corrompu au monde. À l’arrivée au pouvoir de Tshisekedi, la RDC occupait la 161è place.
De quoi se poser des questions sur l’efficacité des mesures mises en place et des réelles intentions du président et de son gouvernement dans la lutte contre la corruption.
Bonjour,
Je m’appelle Jimmy Kande, je suis chercheur en économie politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche indépendant basé à l’Université de New York. Nous sommes le vendredi 28 janvier 2022 et vous écoutez le 48e numéro de Po na GEC, notre capsule audio qui analyse l’actualité en RDC. Bienvenue à ce dernier podcast du mois de janvier.
L’indice de perception de la corruption (IPC) classe 180 pays et territoires en fonction de leur niveau perçu de corruption dans le secteur public, selon l’appréciation de personnes expertes et du monde des affaires.
Alors que la RDC est classée à la 161e place fin 2018, année marquant l’organisation des élections en RDC et la fin du régime Kabila. Dès l’aube de son arrivée au pouvoir, le président Tshisekedi s’engage à faire de la lutte contre la corruption un des programmes clés pour son quinquennat, voulant améliorer le climat des affaires et attirer des investisseurs, car le Congo a besoin des capitaux frais.
Pour matérialiser cet engagement, Tshisekedi redynamise l’Inspection générale des finances (IGF) qui dépend de lui directement, en lui dotant de moyens conséquents. Il crée aussi, en mars 2020, l’agence en charge de la prévention et de la lutte contre la corruption, la fraude, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme en RDC (APLC). Mais, à la grande surprise des experts de la bonne gouvernance, la Cour des comptes est laissée en marge.
Si le travail de l’IGF est de plus en plus apprécié au sein de l’opinion congolaise, il souffre cependant de sa dépendance au président de la République et peut être utilisé comme un levier pour attaquer les adversaires politiques de ce dernier. L’APLC,qui dépend également de la présidence de République, s’est illustrée elle-même par un scandale de corruption en décembre 2020 et ses empreintes sur le terrain sont invisibles. L’abandon de la Cour des comptes à son propre sort interroge sur les intentions de l’exécutif à lutter réellement contre la corruption, car cette cour a des compétences beaucoup plus vastes et dépend du Parlement .
Le procès dit « des 100 jours » devant marquer un tournant décisif dans la lutte contre la corruption se révèle être finalement un fiasco avec les libérations des personnes condamnées soit par grâce présidentielle soit par liberté provisoire. La libération conditionnelle de M. Eteni, accusé de détournements des fonds de la Riposte au Covid-19, la libération de Willy Bakonga, l’échec du projet Tshilejelu, les dépassements budgétaires au sein des institutions et en particulier à la présidence, les jeeps Palissade accordées aux députés comme une sorte de récompenses à leur adhésion à l’Union sacrée de la nation… Tant d’événements qui viennent contredire la posture officielle de lutte réelle contre la corruption.
La RDC qui a perdu 8 places dans le classement Transparency international depuis l’avènement de Tshisekedi stagne et ne fait mieux que quatre pays africains (la Guinée équatoriale, la Libye, la Somalie et le Soudan du Sud). La perception de la corruption en RDC est toujours beaucoup plus grande, l’absence de réelles réformes institutionnelles et d’engagement pour lutter contre ce fléau demeure une problématique à résoudre si l’on veut espérer un meilleur classement pour la RDC dans les années avenir.
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