
Né en 2002 dans le nord-est du Nigeria sous l’impulsion de Mohamed Yusuf, Boko Haram s’est développé dans un contexte de profondes inégalités sociales, de fragilité économique et de tensions religieuses. Radicalisé à partir de 2009, le mouvement jihadiste a plongé la région dans une insurrection marquée par des massacres, des attentats et des enlèvements de masse, avec l’objectif d’imposer un État fondé sur une interprétation rigoriste de la charia.
Malgré les offensives militaires, les scissions et l’émergence de groupes rivaux, Boko Haram continue de déstabiliser le bassin du lac Tchad. Comment expliquer la résilience de cette organisation plus de vingt ans après sa création ?
Avec la participation de Vincent Foucher, historien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
Pour aller plus loin
Groupe djihadiste apparu dans le nord-est du Nigeria, l’organisation Boko Haram s’inscrit dans une histoire ancienne marquée par les différences religieuses, politiques et sociales entre les régions du Nigeria.
Dans les années 1970 à 1990, les courants salafistes et wahhabites gagnent progressivement en influence et un certain
Mohamed Yusuf, influencé par le prédicateur salafiste Ja’afar Mahmud Adam, devient un orateur particulièrement populaire. Il critique les élites musulmanes jugées trop proches du pouvoir et développe un mouvement religieux de plus en plus radical.
De la radicalisation aux violences de masse
Au début des années 2000, Yusuf se rapproche progressivement du djihadisme. En juillet 2009, des affrontements opposent les partisans de Yusuf aux autorités nigérianes, provoquant plusieurs centaines de morts. Mohamed Yusuf est arrêté puis exécuté par la police, ce qui accélère la transformation du mouvement en organisation armée. Abubakar Shekau prend alors la direction du groupe et lance une campagne de vengeance contre les policiers, les responsables locaux et les opposants. Entre 2010 et 2013, Boko Haram développe un terrorisme urbain marqué par les attentats-suicides et les attaques contre les églises.
Le groupe s’étend au-delà du Nigeria, notamment au Cameroun, au Niger et au Tchad, grâce aux liens sociaux et commerciaux transfrontaliers.
Les combattants associent convictions religieuses, volonté de créer une société jugée plus juste et intérêts matériels liés au pillage et aux extorsions. Les massacres de Baga, Bama et d’autres localités deviennent particulièrement meurtriers en 2013-2015, tandis que l’enlèvement des lycéennes de Chibok en 2014 internationalise le conflit.
La scission
Une divergence importante apparaît autour du traitement des civils, Shekau considère même certains musulmans comme des « infidèles » lorsqu’ils ne soutiennent pas son mouvement.
Cette doctrine provoque des dissidences, notamment la création d’Ansaru, puis rapproche certains dirigeants de Boko Haram de l’État islamique. En 2015, Shekau prête finalement allégeance à l’État islamique, mais refuse ensuite d’appliquer pleinement ses directives. L’année suivante, une faction dirigée notamment par Abou Moussab al-Barnawi
se sépare et forme l’ISWAP qui privilégie une organisation plus structurée et limite les attaques contre les civils musulmans.
Depuis la mort de Shekau en 2021, les deux factions continuent d’exister.
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