
Dans la matinée du jeudi 13 juillet, le corps du député national Chérubin Okende est retrouvé sans vie à bord de son véhicule sur la route des Poids-Lourds, dans le nord-est de Kinshasa. Ce meurtre survient au lendemain de son enlèvement signalé par son entourage. Quelle sera l’incidence de cette mort tragique sur le processus électoral en cours en République démocratique du Congo ?
Bonjour et bienvenue dans ce 27e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et de Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente chaque semaine d’éclairer un sujet d’actualité en RDC. Je suis Gregoire Kilosho, fellow au pilier politique d’Ebuteli. Nous sommes le vendredi 14 juillet 2023.
La mort de Chérubin Okende suscite une vague d’émotion, d’indignation et de condamnation au sein de l’opinion publique et de la classe politique. C’est un « assassinat politique », dénonce par exemple l’opposant Moïse Katumbi qui a perdu le porte-parole de son parti Ensemble pour la République. Un « crime odieux » pour le prix Nobel de la paix Denis Mukwege. Dans un message de condoléance sur Twitter, le chef de l’État Félix Tshisekedi « enjoint la justice à faire toute la lumière sur ce dossier afin de sanctionner les coupables de cet acte ignoble ». La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) dit, elle, craindre que ce « crime inadmissible » ne puisse
« exaspérer le climat politique à la veille des élections ».
Cette mort tragique d’une personnalité politique survient en effet dans un contexte politique très agité : arrestations des acteurs politiques de l’opposition, restrictions de liberté publique, discours d’intimidation.
Elle soulève la question de la sécurisation des acteurs politiques au cours du processus électoral déjà enclenché. Et risque de renforcer la méfiance entre parties prenantes envers le processus électoral en cours. Hier après l’annonce de l’assassinat de l’honorable Chérubin Okende, le député national Claudel Lubaya, par exemple, a écrit sur son compte Twitter qu’en « pleine période pré-électorale, marquée par de vives tensions sur fond d’intolérance politique, ce meurtre qui sème la panique est un mauvais signal pour le processus électoral ». Plusieurs leaders de l’opposition voient en fait en ce meurtre un acte de muselement de l’opposition à cinq mois seulement des élections. Cela aura forcément une incidence sur le caractère apaisé des scrutins à venir.
Ce crime interroge aussi sur la sécurité collective de la population kinoise et, en particulier, celle des acteurs sociopolitiques en cette période pré-électorale. Depuis plusieurs mois, la ville de Kinshasa connaît une montée de la criminalité urbaine. En plus du phénomène « Kuluna », la capitale congolaise est secouée par des kidnappings qui créent la psychose. Récemment, les auteurs présumés de ces enlèvements ont été arrêtés, jugés en procédure de flagrance et même condamnés à de lourdes peines allant jusqu’à la peine de mort.
En fait, cette montée de la criminalité urbaine à Kinshasa vient s’ajouter à la situation sécuritaire déjà préoccupante dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Kwango ou du Maï-Ndombe. Elle pose une sérieuse question de la capacité des gouvernants à sécuriser le processus électoral en cours en vue des élections crédibles et apaisées. D’ailleurs, Denis Kadima, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), ne cesse de pointer les contraintes sécuritaires qui pèsent sur ce processus électoral. La campagne électorale ne saurait nullement se dérouler sereinement dans un tel climat.
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