
Depuis le 11 septembre, le dernier avion opérationnel de Congo Airways est cloué au sol. Désormais, pour relier Kinshasa aux autres provinces du pays, les voyageurs se voient souvent contraints d’emprunter des itinéraires passant par d’autres villes internationales. Pour reprendre ses activités, la seule compagnie aérienne nationale aurait besoin de plus de 30 millions de dollars. L’effondrement de Congo Airways, en à peine huit ans d’existence, reflète les dysfonctionnements de la gouvernance en République démocratique du Congo (RDC): gestion défaillante, absence de vision et de priorités claires, et corruption omniprésente.
Bonjour ! Je m’appelle Jacques Mukena. Je suis chercheur principal en gouvernance à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 36e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New-York.
Nous sommes le vendredi 15 septembre 2023
Il y a tout juste un an, Chérubin Okende, ancien ministre des Transports de la RDC, aujourd’hui décédé, décrivait la situation de Congo Airways comme « une faillite qui ne dit pas son nom ». Ses paroles, loin d’être exagérées, évoquaient les multiples défis auxquels la compagnie était confrontée, que ce soit financièrement, techniquement ou en termes de ressources humaines. À titre d’exemple, en 2017, deux ans seulement après sa création, Congo Airways employait près de 400 personnes – un nombre d’employés disproportionné par rapport à sa flotte de trois avions. En 2021, une enquête de l’Inspection générale des finances (IGF) avait également révélé des irrégularités marquantes : paiements injustifiés s’élevant à des millions de dollars en faveur de fournisseurs et d’autres entités publiques, détournements de fonds publics, mauvaise allocation des ressources, et une série d’autres problèmes financiers et de gestion.
Les multiples tentatives pour corriger le cap de Congo Airways, et plus largement du secteur aérien congolais, ont échoué. Il y a d’abord celle de créer une nouvelle compagnie, Air Congo, qui a finalement été mise de côté car ne faisant pas l’unanimité au sein du gouvernement.
D’autres efforts, tels que des partenariats envisagés avec Kenya Airways puis la société américaine A&M Development, n’ont pas abouti. L’un des motifs principaux de ces échecs est le lourd passif financier de Congo Airways. À cela s’ajoute une décision gouvernementale de plafonnement des tarifs aériens. Bien que louable en théorie, cette mesure a davantage entravé la rentabilité de Congo Airways, surtout après la suspension des vols réguliers pendant trois mois à cause du Covid-19.
Mais, au-delà de ces défis managériaux et opérationnels se cachait un problème plus profond et plus corrosif, qui caractérise la grande majorité des entreprises publiques congolaises : la corruption. Les révélations de malversations reconnues par Pascale Mwema, ancien directeur général de Congo Airways, concernant des détournements massifs, ont illustré la dégradation interne. Il ne s’agissait pas simplement d’une entreprise confrontée à des défis opérationnels et financiers conjoncturels ; c’était surtout une entité où la corruption s’était inscrite comme mode de gestion.
Lorsque les annulations de vols par Congo Airways devenaient répétitifs, il était évident que la compagnie était à bout de souffle. Le reste de sa flotte, déjà clouée au sol pour des raisons techniques, était un signe palpable de la paralysie dans laquelle se trouvait la compagnie aérienne.
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