
Florence Prevot, entrepreneure réunionnaise, est coiffeuse artistique, fondatrice du Festival des cultures afro de La Réunion et cofondatrice de Made with Africa, qui emmène des Réunionnais en Afrique du Sud. Au micro de Ramata Diallo, dans Africa Fashion Tour, elle raconte comment ces trois projets sont nés d'un même lien avec le continent. Passée par la restauration et la banque avant de revenir sur son île, elle parle du cheveu afro comme d'un art, du prix du travail des braideurs et de ce que demande un premier voyage en Afrique.
Des tresses au fil de fer
Florence Prevot, entrepreneure réunionnaise, raconte à Ramata Diallo, dans Africa Fashion Tour, comment elle mène de front trois activités nées d’un même attachement à l’Afrique : la coiffure artistique, le Festival des cultures afro de La Réunion et Made with Africa, une offre de voyages vers le continent au départ de l’île. Son parcours commence loin de là. Enfant, elle entend son père et ses demi-sœurs ivoiriennes parler de l’Afrique, sur une île où, dit-elle, « on parle très peu de notre lien » avec le continent. À 16 ans, elle quitte l’école pour danser et chanter avec un groupe ; à 18 ans, elle part pour Paris, où la « désillusion totale » la pousse vers la restauration, qu’elle exerce près de dix ans. Mère d’une fille, elle reprend ses études vers 25 ans, travaille en banque, suit un master en ressources humaines et management, sans jamais s’y retrouver. Le retour à La Réunion, qu’elle refuse de vivre comme un « retour à la case départ », libère son côté artistique : des proches lui redemandent des tresses, le bouche-à-oreille fait le reste, puis viennent les artistes. Pour elle, la coiffure artistique sort du quotidien : une proposition inspirée par un mouvement, une couleur ou l’univers d’un clip, parfois avec du fil de fer dans les tresses. « Les gens me disaient, mais tu es folle », se souvient-elle. Elle a coiffé pour des tournages antillais, des séries, des films, une Fashion Week pour une grande marque sud-africaine, et a fait partie de l’équipe d’assistants choisie pour Lauryn Hill.
Avec un petit groupe de braideurs, elle organise ses propres défilés de coiffure, un premier puis un deuxième et un troisième, qui deviennent un rendez-vous auquel s’ajoutent une soirée musicale puis, par son association, le Festival des cultures afro.
Un festival pour se reconnecter
La première édition du festival, soutenue par la mairie de sa ville, tient en une journée, un « petit bébé festival » selon elle. Florence Prevot y réunit des créateurs afrodescendants, loin du « cliché » du wax, des coiffures artistiques qui complètent les looks, une battle de danse afro, discipline qu’elle juge trop peu reconnue, puis de la musique : un groupe traditionnel, une chanteuse représentant les îles et les Comores, un DJ. Elle veut maintenant faire venir des intervenants des Antilles, de l’océan Indien et du continent, car représenter les cultures afro « entre nous, réunionnais » n’a pas de sens à ses yeux. Elle relie ce projet à une conviction personnelle : à La Réunion, la reconnexion avec ses racines reste difficile, mais les nouvelles générations lui paraissent plus ouvertes. Métisse, elle parle d’une recherche identitaire jamais tout à fait close, devenue « une mission de vie ». Avec Ramata Diallo, elle s’arrête aussi sur la place de la coiffure afro dans l’industrie : un tournage publicitaire retardé de trois heures faute de coiffeur prévu, des défilés où le choix des équipes tient davantage au réseau qu’aux compétences, un temps de recherche et de préparation rarement payé. Elle appelle les jeunes braideurs à cesser de travailler gratuitement et défend des prix qui reflètent la qualité, après avoir vu revenir des clientes coiffées à bas prix « avec des photos catastrophiques ».
Elle raconte enfin une expérience difficile en salon, l’ouverture puis la fermeture du sien au bout d’un mois, et l’association de braideurs qu’elle a créée pour partager les bonnes pratiques et s’envoyer des clientes.
Made with Africa, quatre heures de vol
Le voyage est son « nouveau bébé ». En 2021, lassée d’attendre une amie togolaise qui devait l’emmener au Togo, elle découvre qu’un vol direct relie La Réunion à l’Afrique du Sud en quatre heures et part seule, malgré les mises en garde de son entourage. Sur place, le gérant du tour-opérateur qui l’accueille devient un ami ; elle retourne quatre fois dans le pays la même année, y achète ses mèches, puis lui amène un groupe d’amis. Constatant une demande, elle devient son apporteuse d’affaires, et il l’encourage à monter sa propre structure. Avec deux associées, elle fonde Made with Africa, qui accompagne pour l’instant les voyageurs en Afrique du Sud, avec des e-books gratuits et des guides par pays, et l’ambition de couvrir tout le continent en allant chaque fois rencontrer les gens sur place. Elle constate que les Réunionnais partent à Maurice, en Thaïlande, en métropole ou au Canada, et que « l’Afrique passera toujours en dernier ». Sans nier les risques, elle insiste sur les précautions, raconte une agression au Mozambique dans un quartier signalé comme dangereux, et demande aux voyageurs d’être « humbles ». Débordée, elle a appris à étaler ses projets : le défilé réunissant des créateurs de l’océan Indien et d’Afrique est repoussé de 2027 à 2028, comme la prochaine édition du festival.
La fin de l’entretien porte sur l’équilibre entre l’artiste et l’entrepreneure, qu’elle décrit comme « deux personnes qui peuvent presque être ennemies », et sur la santé qu’elle veut reprendre en main.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Festival des cultures afro : festival créé à La Réunion par l’association de Florence Prevot, dont la première édition a duré une journée.
- Made with Africa : structure de voyages fondée par Florence Prevot et deux associées, qui accompagne pour l’instant vers l’Afrique du Sud.
- Lauryn Hill : chanteuse pour laquelle Florence Prevot a fait partie d’une équipe d’assistants en coiffure.
- Dakar Fashion Week et Lagos Fashion Week : semaines de la mode citées par Ramata Diallo pour leur travail conjoint entre stylisme, maquillage et coiffure.
Au fil de l’épisode
- 00:01:51 : présentation de Florence Prevot et de ses trois activités
- 00:03:37 : une enfance bercée par les récits de son père sur l’Afrique
- 00:04:27 : la danse, l’école quittée à 16 ans, le départ pour Paris
- 00:05:50 : la restauration, la reprise des études et la banque
- 00:08:18 : le retour à La Réunion
- 00:09:10 : les premières tresses et la naissance de la coiffure artistique
- 00:10:39 : ce qu’elle appelle coiffure artistique
- 00:13:29 : les artistes, Lauryn Hill et les Fashion Weeks
- 00:13:53 : les défilés de braideurs
- 00:15:50 : la première édition du Festival des cultures afro
- 00:19:19 : se reconnecter à ses racines depuis La Réunion
- 00:22:18 : métissage et recherche identitaire
- 00:26:02 : la coiffure afro dans les défilés et sur les tournages
- 00:32:42 : les Fashion Weeks africaines et la place des coiffeurs
- 00:35:39 : pourquoi le maquillage est plus visible que la coiffure
- 00:41:24 : faire reconnaître la coiffure comme un art et un métier
- 00:44:47 : prix, qualité et modèle des chaînes de coiffure
- 00:48:12 : l’expérience en salon
- 00:52:49 : l’association de braideurs
- 00:54:31 : la genèse de Made with Africa
- 00:56:39 : le premier voyage en Afrique du Sud
- 01:00:02 : la création de Made with Africa et ses e-books
- 01:03:28 : voyager en Afrique du Sud, risques et précautions
- 01:06:31 : les préjugés des voyageurs
- 01:11:08 : mener trois activités et repousser certains projets à 2028
- 01:16:59 : la santé et l’équilibre
FAQ
Qui est Florence Prevot ?
Florence Prevot est une entrepreneure réunionnaise basée à La Réunion. Coiffeuse artistique, elle a travaillé pour des clips, des séries, des films et des défilés. Elle a fondé, par son association, le Festival des cultures afro de La Réunion et a créé Made with Africa, qui organise des voyages vers l’Afrique du Sud depuis l’île. Avant cela, elle a travaillé dans la restauration et la banque.
Qu’est-ce que la coiffure artistique selon Florence Prevot ?
Pour Florence Prevot, la coiffure artistique sort du quotidien : elle ne reproduit pas un modèle vu sur les réseaux, mais part d’un mouvement, d’une couleur ou de l’univers d’un projet, comme un clip. Elle y ajoute parfois du fil de fer dans les tresses. Elle se présente comme artiste et défend la rémunération du temps de recherche et de préparation.
Que propose le Festival des cultures afro de La Réunion ?
Selon Florence Prevot, la première édition, sur une journée, a réuni des créateurs de mode afrodescendants, des coiffures artistiques, une battle de danse afro et de la musique, avec un groupe traditionnel, une chanteuse représentant les îles et les Comores et un DJ. Elle veut y inviter des intervenants des Antilles, de l’océan Indien et du continent africain.
Comment Made with Africa organise-t-il des voyages depuis La Réunion ?
Made with Africa accompagne pour l’instant les voyageurs réunionnais en Afrique du Sud, à quatre heures de vol direct, en s’appuyant sur des guides que Florence Prevot connaît sur place. La structure prépare des e-books gratuits et des guides par pays pour ceux qui veulent organiser leur voyage seuls. Son ambition est d’ouvrir d’autres pays après les avoir visités.
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