
Fin février, la RDC a annoncé sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Juliana Lumumba a été désignée pour rivaliser avec la Rwandaise Louise Mushikiwabo, qui brigue un nouveau mandat, après ceux de 2018 et 2022 à la tête de l’institution. L’OIF est-elle devenue un nouveau champ de confrontation diplomatique entre Kinshasa et Kigali ?
Bonjour !
Je suis Ange Makadi Ngoy, chercheuse à Ebuteli. Vous écoutez le 9e épisode de la saison 6 de Po Na Biso, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui analyse chaque semaine un sujet de l’actualité congolaise. Nous sommes le vendredi 6 mars 2026.
C’est une nouvelle scène de rivalité entre Kinshasa et Kigali. Cette fois-ci, elle se joue au sommet de la Francophonie. Kinshasa a finalement déposé une candidature au poste de secrétaire général de l’OIF, une organisation dont elle est membre depuis près de 50 ans. Et, c’est la première fois que le pays brigue cette fonction. Pourquoi maintenant ?
Depuis l’arrivée du président Félix Tshisekedi au pouvoir, la RDC cherche à renforcer sa présence diplomatique et à reprendre sa place dans les concerts de nations. Mais cette candidature s’inscrit également dans le contexte de tensions entre Kinshasa et Kigali, lié à la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23). Depuis 2021, Kinshasa fait face à la résurgence du M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda. Avec l’appui de l’armée rwandaise, le M23 a réussi à occuper deux grandes villes du pays : Goma et Bukavu.
Dans ce contexte, l’OIF, dirigée par l’ancienne cheffe de la diplomatie rwandaise, est accusée par Kinshasa, à tort ou à raison, de défendre les intérêts rwandais en lieu et place de ceux des pays membres. En 2022, Jean-Michel Sama Lukonde, alors Premier ministre, avait boycotté la photo de famille de l’OIF. En 2023, l’organisation avait renoncé à auditer le fichier électoral congolais, officiellement « faute de temps », alors qu’une partie de l’opinion congolaise avait une méfiance à son égard. Lors du IXe Jeux de la Francophonie à Kinshasa, Louise Mushikiwabo n’avait pas été invitée par la RDC à l’ouverture de la cérémonie. Les autorités congolaises avaient soutenu, à l’époque, qu’en tant que co-organisatrice, la secrétaire générale de l’OIF n’avait pas besoin d’une invitation formelle.
Pour rivaliser avec Mushikiwabo aujourd’hui, Kinshasa décide de présenter Juliana Lumumba, ancienne ministre de la Culture en RDC. Elle est diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), en France. Mais sa candidature repose aussi sur une dimension symbolique forte : elle est la fille du premier Premier ministre congolais, Patrice Emery Lumumba. Kinshasa semble ainsi miser sur l’aura du nom de Lumumba, l’un des héros de l’indépendance du pays. « Un nom qui parle à toute l’Afrique », a d’ailleurs affirmé Crispin Mbadu Phanzu, ministre délégué chargé de la Francophonie, sur Jeune Afrique. Le nom de Lumumba conserve une forte portée symbolique. « Lumumba Vea », supporter congolais et sosie de Lumumba, l’a bien démontré lors de la récente Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Maroc.
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