
Au XVe siècle, les navigateurs portugais installent des comptoirs sur la côte de la Guinée-Bissau et intègrent la région aux circuits du commerce transatlantique. Sans cesse contestée par les résistances locales, la présence coloniale tient bon jusque dans les années 1960 et la création du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, mené par Amilcar Cabral et qui engage une guerre de libération organisée. L’indépendance de la Guinée-Bissau est proclamée en 1973.
Avec la participation de Ferhat Méchouèk, docteur en ethnologie et en sociologie, auteur du livre Le pouvoir politique en Guinée-Bissau, du XVe au XXIe siècle (éd. Présence africaine).
Pour aller plus loin
La mémoire d’un continent propose une exploration dans la longue histoire de la Guinée-Bissau, petit État d’Afrique de l’Ouest au carrefour des mondes atlantiques. Depuis l’arrivée des Portugais au XVe siècle jusqu’aux instabilités contemporaines, ce parcours historique retrace les grandes séquences politiques qui ont façonné le pays.
Les premiers contacts entre les navigateurs portugais et les sociétés de la côte guinéenne s’inscrivent dans le contexte des explorations atlantiques et de l’essor du commerce esclavagiste. Très tôt liée au Cap-Vert, la Guinée portugaise devient un espace stratégique pour l’Empire portugais, où émergent des comptoirs commerciaux et une élite métissée jouant un rôle central dans les échanges et l’administration coloniale.
Comptoirs, commerce et ordre colonial
À travers des figures comme Bibiana Vaz de França, se dessinent les trajectoires de certaines élites créoles qui participent à l’essor économique tout en contestant parfois l’autorité portugaise. Le récit éclaire aussi la manière dont se construit progressivement l’État colonial : administration indirecte, recours aux chefs locaux, fiscalité, travail forcé et campagnes militaires dites de « pacification ».
Ferhat Méchouèk analyse également les profondes recompositions sociales produites par la colonisation dans un territoire marqué par une grande diversité de groupes sociaux – Balante, Papel, Fula, Manding ou Manjac. La domination coloniale repose autant sur les intérêts commerciaux que sur des stratégies de division et de contrôle du territoire.
Le PAIGC et la lutte pour l’indépendance
L’émergence d’une conscience anticoloniale prend forme dans les milieux intellectuels capverdiens et bissau-guinéens. Des mouvements culturels aux réseaux étudiants de Lisbonne, une nouvelle génération politisée commence à penser l’émancipation des colonies portugaises.
La figure d’Amílcar Cabral occupe une place centrale dans cette histoire. Fondateur du PAIGC, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, il structure la lutte contre le pouvoir colonial portugais et théorise une mobilisation populaire articulée à la lutte armée. Le massacre des dockers de Pidjiguiti en 1959 marque un tournant décisif dans cette trajectoire.
Héritages politiques et instabilité contemporaine
L’entretien interroge enfin les continuités entre l’histoire coloniale, les fractures issues de la guerre de libération et les crises politiques qui traversent la Guinée-Bissau depuis l’indépendance. Rivalités internes au PAIGC, tensions entre civils et militaires, coups d’État et conflits autour de l’exercice du pouvoir constituent autant d’éléments qui éclairent les fragilités persistantes de l’État bissau-guinéen.
Plusieurs siècles d’histoire politique se déploient ainsi entre logiques impériales, dynamiques sociales locales et construction difficile d’un État indépendant.
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